Conseil Régional de Haute-Normandie
Séance du 19 avril 2010

Intervention des élus du Front de Gauche Parti Communiste Français-Gauche Unitaire-Parti de Gauche sur les premières mesures du contrat de mandature

par Céline Brulin

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous approuvons d’autant plus les premières mesures que vous proposez, M. le Président, que nous avons largement contribué, avec des salariés et des organisations syndicales de notre région, à l’élaboration d’un certain nombre d’entre-elles.

Je pense en particulier au Contrat Régional de Développement Économique qui envisage notamment de conditionner plus strictement les aides économiques au maintien de l’emploi et au respect des conditions de travail et de l’environnement. Ce contrat régional affiche également la volonté de recourir plutôt aux prêts qu’aux subventions.

Nous sommes confortés dans la volonté d’aller dans cette direction par la scandaleuse décision des dirigeants de Gardy de délocaliser des productions aujourd’hui réalisées à Barentin, en supprimant localement une centaine d’emplois. Cette entreprise, comme d’autres, a reçu plusieurs millions d’euros d’aides des collectivités territoriales, en particulier du Conseil régional.

Nous pensons qu’il faut nous associer aux autres collectivités et aux salariés pour faire pression sur le groupe et aller jusqu’à exiger le remboursement des fonds publics accordés, au cas où il maintiendrait sa décision.

De même, la décision de PSA de fermer un site en France, alors que ce groupe automobile a bénéficié de 3 milliards d’aides de l’État, sous forme de prêt, prêt conditionné, semble-t-il, au maintien de tous les sites en France.

Soyons vigilants à ce que ce mauvais exemple, qui n’a pas suscité de grandes réactions de la part du gouvernement, ne fasse pas école dans les autres groupes automobiles. Je pense évidement à Renault, au moment où se nouent des rapprochements avec Daimler et où l’on demande, aux salariés de Renault Sandouville touchés par le chômage partiel d’augmenter les cadences.

Il y a décidément une véritable réflexion à engager sur la nature, le type et la pertinence même des aides économiques accordées par la Région. Nous souhaitons que les salariés et leurs organisations syndicales soient associés à cette réflexion, comme ils doivent, à notre sens, être associés au contrôle de l’utilisation de ces fonds publics.

Nous versons à cette réflexion la proposition suivante : les aides économiques régionales doivent d’abord être destinées aux PMI, PME et être regroupées au sein d’un Fonds Régional pour l’Emploi et la Formation dont le but essentiel serait de mobiliser le crédit en faveur des investissements productifs.

Nous aurons à cœur, au cours de ce mandat, de travailler à la mise en place de ce fonds régional.

Comme l’indique le rapport, M. le Président, les Assises Régionales de l’Industrie et de l’Innovation seront un moment fort de l’élaboration de notre politique régionale, en matière de développement économique et d’emploi, en faisant clairement du renouveau industriel de notre région, une priorité.

Et nous nous félicitons que cette proposition, que nous portons, vous le savez, depuis plusieurs années et qui a gagné en force au cours de la campagne électorale, se concrétise dans les prochains mois.

Sans doute ces assises contribueront-elles à élaborer « un document prospectif dont l’objectif sera de déterminer la politique de la Région en matière industrielle, un document que le Conseil Économique et Social Régional appelle de ses vœux.

Ces assises pourraient être alimentées par une étude réalisée en amont avec l’objectif d’analyser la situation actuelle du secteur industriel régional, sachant que nous ne disposons aujourd’hui que d’une étude de l’INSEE datant de 2005 et qu’il est inutile de rappeler ici à quel point notre industrie régionale a été bousculée ces dernières années.

Ces assises devront évidement rassembler l’ensemble des partenaires. Nous souhaitons que leur organisation soit l’occasion de tisser des liens étroits avec les salariés des différentes branches et leurs organisations syndicales.

Les États généraux de l’Industrie, initiés par l’État, ou encore le début du processus de table ronde organisé dans le secteur du raffinage laissent en effet un goût amer aux salariés, tant ces initiatives ont donné l’impression de privilégier les intérêts patronaux. Les patrons des grands groupes profitent en effet aujourd’hui de la crise pour justifier des opérations qui ne visent en réalité qu’à gagner en productivité et à augmenter les profits des actionnaires.

D’où la nécessité de donner à voir que notre collectivité s’inscrit dans une autre logique, que le développement de l’économie régionale et de l’emploi industriel, dans le respect de l’intérêt général, est notre unique boussole.

Sur le deuxième volet du rapport, concernant la réalisation de diagnostics préalables au chèque énergie, nous nous félicitons de l’approche sociale : permettre à nos concitoyens de réduire leurs dépenses en matière d’énergie tout en en réduisant leur consommation.

Cette démarche prend en effet le contre-pied des mesures initiées par le gouvernement de droite, je pense en particulier à la taxe carbone, qui visait à prendre une nouvelle fois dans la poche des Français plus qu’à agir efficacement en faveur de l’environnement.

Les électeurs semblent avoir eu raison de cette taxe en portant majoritairement leurs voix sur les listes de gauche et écologistes aux élections régionales. Mais la partie n’est pas pour autant gagnée. Et nous aurons toujours à cœur d’agir contre la culpabilisation des citoyens à d’autres fins que la préservation de notre planète.

Enfin, la création de nouveaux emplois-tremplin appelle quelques remarques de notre part.

Nous souhaitons qu’un bilan détaillé du précédent dispositif soit communiqué, notamment en matière de pérennisation des emplois.

Si ces emplois peuvent constituer une bouffée d’oxygène pour un certain nombre d’associations, il faut être lucide sur les difficultés de beaucoup de ces associations à les pérenniser, d’autant qu’elles sont directement impactées par la réduction des moyens des collectivités territoriales. Le risque existe, dès lors, que ce dispositif contribue, à notre corps défendant, à la précarisation de l’emploi et à la précarisation des associations elles-mêmes.

Nous devrons également être particulièrement vigilants sur la qualité de la formation reçue et de la qualification acquise.

Soyez certains, Monsieur le Président, mes chers collègues, de notre détermination à mettre toute notre combativité au service de la mise en œuvre des premières mesures de la mandature.

Céline Brulin,

vice-présidente communiste du Conseil Régional