Séance plénière du 7 avril 2015

Intervention de Jean-Luc LECOMTE au nom du groupe

Front de Gauche

Parti Communiste Français, Parti de Gauche, Ensemble

Monsieur le Président,

Cher-e-s collègues,

Le renoncement face à la finance, les engagements de 2012 non tenus expliquent pour l’essentiel les résultats des dernières élections départementales. Quels que soient le bilan des majorités sortantes, l’Eure et la Seine-Maritime basculent à droite.

Les déclarations du Premier ministre au lendemain du scrutin semblent confirmer qu’il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre. En effet, Monsieur Valls nie totalement le rôle de la politique d’austérité qu’il mène sous la responsabilité du Président de la République et met en avant la division dont il est le premier responsable pour expliquer la lourde défaite du Parti socialiste.

Les électrices et les électeurs ont en effet exprimé une nouvelle fois leur rejet de la politique du gouvernement et de son absence de résultat, une politique aux ordres de la Commission européenne.

La responsabilité de François Hollande et de Manuel Valls est grande dans le retour aux affaires de la droite dans notre Région comme dans une majorité de départements au niveau national. A l’occasion des multiples initiatives et rencontres tenues sur le territoire , nous avons constaté l’immensité de la défiance et du désarroi de milliers de Haut-Normands comme de millions de Français qui, confrontés à la violence du quotidien, se sentent trahis, atteints dans leur dignité.

Un nombre croissant de foyers, de jeunes, de retraités, ne peuvent plus s’acquitter de leurs factures, ont de plus en plus de difficultés pour se loger, s’alimenter correctement, se soigner, étudier ou financer les études des enfants.

Continuer à rester sourd à une colère légitime qui nourrit l’abstention, rester sourd à ce qui sonne clairement comme un appel à un changement de cap politique serait engager la France dans le scenario du pire.

Nous ne nous y résoudrons jamais et nous avons tout fait de notre côté pour empêcher les gains de la droite et de l’extrême droite. Au premier tour, en rassemblant pour des choix de gauche les candidats du Front de Gauche avec des candidats d’ EELV, des candidats de Nouvelle Donne, des socialistes dissidents et de nombreux citoyens engagés. Au second tour, en mobilisant partout dans la clarté pour faire barrage à la droite et à l’extrême-droite qui ne compte, et nous nous en félicitons, aucun élu au sein des assemblées départementales de notre région.

Les élus issus de ce rassemblement agiront désormais dans les Conseils départementaux, à parité, seule véritable avancée démocratique de ce scrutin objet d’un charcutage inadmissible qui s’est souvent retourné contre ses auteurs.

Ils seront au service de la population de notre région qui va connaître des jours difficiles avec des attaques redoublées contre les politiques de solidarité, d’action sociale et d’éducation, les services publics départementaux, la culture…

Il n’y a en effet rien à attendre des majorités départementales de droite qui ont déjà fait hier leurs preuves au service des plus riches à la tête de nos départements.

Même si elle n’a été élue que par défaut, par dépit, la droite va s’attaquer, comme dans les municipalités qu’elle dirige aux politiques publiques en tentant d’opposer les Haut-Normands entre eux et en tentant de détourner leur regard des vrais responsables de la crise : les politiques d’austérité, les actionnaires et la finance.

Oui, Monsieur Le Maire, vous faites mine de dénoncer la baisse des dotations aux collectivités territoriales (28 milliards d’euros cumulés d’ici 2017) mais vous êtes de ceux qui ont décidé de leur gel sous le précédent gouvernement.

Quand nous nous opposons à la réduction de 5O milliards d’euros de dépenses publiques mise en œuvre par l’actuel gouvernement, vous réclamez haut et fort que cette réduction soit à hauteur de 100 milliards afin de mieux servir encore les actionnaires et les banques.

Et dans les communes dirigées par vos jeunes poulains, c’est la réduction du personnel et des services rendus à la population qui est à l’ordre du jour, culture en tête.

Fermeture que nous espérons provisoire du cinéma de Gisors. A Vernon, suppression de la prévention spécialisée, du salon du livre d’aventure et du ramassage des déchets verts, obstacles mis au bon fonctionnement des associations sportives. Menaces sur l’avenir de la seine nationale Evreux-Louviers et de la SMAC (scène des musiques actuelles) d’Evreux.

Et que dire des premières déclarations du nouveau Président du Conseil départemental de l’Eure qui annonce l’installation massive de caméras de surveillance dans les collèges et la mise en place d’une commission dirigée par un magistrat ou un ancien magistrat dont la mission sera la chasse aux fraudeurs aux prestations sociales et au RSA en particulier, dans un département où le problème essentiel est le taux élevé de non-recours.

Autant de raisons de rester vigilants, mobilisés et combatifs et de mener le combat pour l’investissement et l’emploi qui demeure la préoccupation première des Haut-Normands.

Ainsi, devons nous, Monsieur le Président, continuer à agir pour l’emploi et la réindustrialisation et apporter tout notre soutien aux salariés d’UPM Chapelle Darblay alors que la Commission Industrielle issue de leur combat, dont l’objet est l’étude des projets alternatifs à l’arrêt de la machine PM 3, s’est réunie le 1er avril dernier.

Nous devons, également, Monsieur le Président, continuer à agir pour l’éducation et la formation professionnelle.

Il est tout aussi important d’autant que nous réalisons de nombreux investissements de continuer à faire preuve de la plus grande fermeté vis-à-vis de la SNCF quant à la ponctualité et à la qualité du transport, sur la ligne Paris-Rouen-Le Havre et de dire haut et fort notre refus de la suppression des Trains d’Equilibre du Territoire (TET).

La SNCF a en effet récemment exprimé dans un document son projet concernant les Trains d’Equilibre du Territoire, au moment où une commission parlementaire présidée par Philippe DURON doit rendre ses préconisations au gouvernement.

Les propositions de la SNCF sont d’une extrême gravité :

Suppression organisée de toutes les offres de nuit (20 trains)

Suppression de toutes les dessertes nationales intercités dont les lignes Caen-Le Mans-Tours et Paris-Evreux-Serquigny
Volonté de la SNCF de transférer des dessertes nationales « intercités » aux Régions dont la ligne Paris-Granville pour 10 trains par jour

Projet de réduction de l’offre des dessertes TET par la SNCF sur toutes les autres lignes dont la ligne Paris-Rouen de 47 à 23 trains par jour (-51%), la ligne Paris-Le Havre de 27 trains par jour à 8 (- 70%) et les lignes Paris-Caen de 31 à 20 trains par jour (-35%) et Paris-Cherbourg de 14 à 6 trains par jour (-57%)
C’est au total 180 trains nationaux dont il est proposé la suppression ! Les élus du Front de gauche appellent également à agir pour le fret ferroviaire et la réhabilitation de la gare de triage de Sotteville-lès-Rouen , contre le choix de tracé du contournement est de Rouen, contre la création d’un péage autoroutier à Criquebeuf et pour la suppression du péage d’Incarville.

Pour conclure, nous appelons à l’unité et à l’action commune pour la défense des services publics et des choix politiques de solidarité.

Chers collègues de la majorité, il est possible de déjouer le coup monté du tripartisme, un scénario mortifère pour la gauche qui sous-tend l’abandon des classes populaires à l’abstention et au Front national et la marginalisation de toute politique alternative sociale et solidaire à l’austérité que nous refusons catégoriquement.

Au lendemain des élections départementales, rien n’est désormais plus urgent que de construire dans les luttes, dans l’action quotidienne et la solidarité concrète, dans le débat politique, une réponse politique neuve, clairement citoyenne et populaire, clairement à gauche.

Chacune et chacun d’entre-nous peut y prendre sa place.

Nous appelons toutes les forces citoyennes, politiques et sociales disponibles à la construction d’un mouvement de gauche alternatif ample et populaire, à vocation majoritaire, pour ouvrir à nouveau l’espoir. Communistes et autres composantes du Front de gauche, écologistes, socialistes refusant l’impasse actuelle, citoyens, syndicalistes … doivent converger pour construire ce nouvel espoir.

La mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle du 9 avril leur donnera l’occasion de s’affirmer avec force. D’autres initiatives nouvelles seront nécessaires. Les élus du Front de gauche vont y travailler activement.

Je vous remercie.